Etre ou ne pas être une plateforme bancaire ?

On entend souvent “on ne veut surtout pas devenir une pateforme, une banque réduite à rien”. On a le sentiment ici, que le terme de plateforme porte une bien lourde charge sur ses épaules, empreint de négativisme, il nécessite donc surement quelques éclairages afin de pouvoir redorer son blason.

La notion de plateforme bancaire est de plus en plus devenue un terme à la mode. « La plateforme » est certes un terme qui a tout son sens lorsqu’on regarde les transformations auxquelles d’autres industries ont du faire face ces dernière années, mais qui quand il s’agit de la banque prend souvent une connotation péjorative, certainement lié au fait que ce terme véhicule beaucoup de mystères. On y associe souvent une notion de banque réduite à rien, à part une base pour la distribution des services sans valeur ajoutée. Seulement la notion de plateforme englobe en réalite un périmètre bien plus large et bien plus valorisant.

D’une part, partons de la définition la plus standard de la plateforme qui est la suivante « Une plateforme favorise la mise en relation et les interactions entre des producteurs et des consommateurs afin de créer de la valeur ». Ce qui si on l’interprète à la lettre signifie que la banque est en fait un précurseur de la tendance des plateformes, car c’est exactement son rôle dans l’économie depuis son apparition.

Donc pourquoi la plateforme bancaire apparait alors comme un terme aussi péjoratif ? Il s’agit certainement d’une association d’idées avec une autre notion teintée elle aussi de négativisme qui est « l’ubérisation » de l’économie. Un terme derrière lequel on a tendance à voir avant tout l’acteur traditionnel qui se fait rapidement attaquer par la petite startup défiant toutes les régles et non pas la transformation d’un business modèle. L’ubérisation tant redoutée par les acteurs traditionnels, n’est pas en réalité une maladie incurable, mais simplement la transformation d’une industrie et de sa manière de créer de la valeur et vu sous cet angle, l’expérience historique des banques pourrait même s’avérer être un atout.

Le premier point à avoir en tête afin de lever les malentendus, c’est que devenir une plateforme n’est pas simplement une réalité technique, synonyme de devenir une infrastructure, mais bien une notion de transformation du business modèle d’une entreprise ou d’une industrie en favorisant une mécanique de « plug and play ».

Le second point c’est que les termes utilisés autour de cette notion sont nombreux et d’ailleurs souvent techniques « Bank as a service », « Bank as a platform », « Marketplace » , « Plateforme bancaire », mais désignent à peu de chose près le même concept, sous un angle de vue différent. Pour ne pas arranger les choses, la plupart des pitchs des start ups commencent par « Nous sommes une plateforme qui… » . Tout et tout le monde est une plateforme. Alors qu’est ce qu’une plate-forme bancaire en réalité ?

On peut reprendre la définition de Sangeet Paul Choudary qui permet de mieux en comprendre les enjeux en décrivant « la stack de la plateforme » comme étant toujours composée de 3 niveaux:

  • La partie front : qui va prendre la forme de communauté, de réseau ou de marketpkace, c’est là où les clients consomment le service ou le produit
  • La partie technologique : la fameuse infrastructure
  • La base : les données

A partir de là, toute plateforme est la composante de ces 3 éléments avec plus ou moins de mise en valeur de l’une de ces 3 composantes à travers un business modèle différent par exemple. Inutile de préciser que « les gagnants » sont ceux qui arrivent à faire bon usage de ces 3 éléments.

  • Solaris serait alors une plateforme plutôt à dominante sur la partie infrastructure en proposant des briques bancaires toutes faites à destination d’autres entreprises. Ils vont être très faibles sur la partie données, n’en possédant pas et assez faibles sur la partie marketplace en exposant leurs services que en B2B à une petite partie des acteurs.
  • N26, la néobanque qui cherche à intégrer les « best in class » d’autres FinTech, en plus de la partie infrastructure s’efforce de créer une marketplace de produits financiers pour leurs clients.
  • Linxo, l’aggrégateur de comptes, a une force aujourd’hui sur la donnée, ayant accès à de nombreux comptes en banques et cherche désormais à developper la partie marketplace grâce au lancement de Linxo connect.

Les 3 sont donc des plateformes, mais avec un « go to market » différent, déterminé par l’intelligence portée par la plateforme, c’est à dire sa capacité à créer de la valeur à un moment ou un autre de la chaine de valeur. Notons que ces acteurs cités en exemple, n’en sont qu’à leurs débuts et ont toutes les cartes pour dérouler une vision plus complète et couvrir un champs d’action plus large.

Alors revenons au début, sur pourquoi la banque a-t-elle autant peur de devenir une plateforme? Surement parce qu’on y voit un terme uniquement technique, tandis que bien au contraire cela englobe des chantiers de transformation importants déjà entamés tels que la gestion de la donnée et la relation client. C’est donc bien au contraire une opportunité pour transformer le business modèle et pallier une augmentation des coûts (notamment de l’IT et du réglementaire) et la baisse des sources de revenus qu’elle subissent depuis quelques années. Non, la question ne se pose donc pas si la banque doit ou pas devenir une plateforme, elle en est déjà une par définition, mais plutôt quel va être le parti pris et le positionnement choisi, quelle va être la stratégie.

Les tendances du marché avec la multiplication de nouveaux acteurs, l’évolution de usages, les nouvelles possibilités technologiques sont autant de sources qui offrent aux acteurs traditionnels des opportunités stratégiques intéressantes . Devenir une plateforme c’est donc identifier les bons enjeux pour accentuer ses axes de transformation déjà entamés et c’est surtout une aubaine ! Ce n’est pas une tendance qu’on va suivre si on le souhaite ou pas, c’est une réalité passionnante qu’il faut comprendre de plus près.

 

Article publié à l’origine sur Linked In

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